Texte de la récitation des 5-6 lors du spectacle d'école

Les élèves de 5-6 ont récité à saint Nicolas vendredi dernier un texte sur le thème de la culture. Il était extrait de l'album jeunesse "Si j'étais ministre de la culture", de Carole Fréchette et de Thierry Dedieu. Pour que vous puissiez savourer sa richesse, nous vous le partageons.

Si j’étais ministre de la Culture, je chercherais, bien sûr, à convaincre mes collègues du gouvernement de l’importance de soutenir les arts et la culture, et, bien sûr, ceux-ci m’écouteraient d’une oreille bienveillante. Mais, au moment de voter les crédits, ils affirmeraient qu’il faut privilégier les vraies urgences : santé, équipement, économie, armée…

Alors, au lieu de m’obstiner à leur servir les arguments mille fois répétés …

Je décrèterais sur le champ la tenue de « Journées sans culture » : Journées où toute activité artistique, toute manifestation de vie culturelle serait absolument interdite.

Journées sans musique : ni classique, ni jazz, ni cirque ni spectacle de rue.

Pas de danse.

Pas de séries télé. Pas d’émissions pour enfants. Adieu Guignol.

tous les iPod verrouillés, tous les clips de YouTube brouillés.

Pas de cinéma, ni en salle, Ni sur les écrans personnels.

Journées sans art visuel, tableaux retournés dans les musées, galeries fermées.

Interdiction d’ouvrir un roman, un recueil de nouvelles, un livre de poésie, un essai, une bande dessinée…

Interdiction de jouir des beautés architecturales.

Au besoin, des dispositifs seraient distribués pour s’assurer que l’œil ne puisse attraper la courbe agréable d’une corniche, la ligne élégante d’une façade.

Mais aussi, obligation de cacher toutes les œuvres d’art public. Draps tendus sur les statues des parcs et des jardins, sur les sculptures de nos ronds-points.

Les vêtements, chaussures et chapeaux ne devraient plus être influencés par les créateurs. Seul un modèle unique serait homologué.

Concernés aussi, les arts appliqués. Les objets de la vie quotidienne devraient être strictement fonctionnels. Un seul modèle de voiture serait disponible.

Combien de temps dureraient ces « Journées sans culture »?

Le temps qu’il faudrait pour bien sentir l’enfer suffocant que seraient nos existences dans cet univers de stricte efficacité. Univers sans images provocantes, sans créations intrigantes, sans phrases bouleversantes. Sans musique entrainante. Sans possibilité de réinterpréter le monde par l’imagination. Le temps qu’il faudrait pour sentir le manque, la sécheresse, la déprime profonde.

Le temps que mes collègues eux-mêmes commencent à manquer d’air et réclament leur film de fin de soirée, leur livre de chevet, leur petite histoire avant de se coucher.

Le temps qu’ils cessent de me considérer comme ministre du superflu et qu’ils m’invitent à la table de l’essentiel, en tant que ministre de l’équilibre des âmes, du battement des cœurs, de la respiration. Ministre de l’oxygène.

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