Texte de la récitation des 5-6 lors du spectacle d'école

10/12/2018

Les élèves de 5-6 ont récité à saint Nicolas vendredi dernier un texte sur le thème de la culture.
Il était extrait de l'album jeunesse  "Si j'étais ministre de la culture", de Carole Fréchette et de Thierry Dedieu. 
Pour que vous puissiez savourer sa richesse, nous vous le partageons. 

 

 

Si j’étais ministre de la Culture,
je chercherais, bien sûr,
à convaincre mes collègues du gouvernement
de l’importance de soutenir les arts
et la culture,
et, bien sûr, ceux-ci m’écouteraient
d’une oreille bienveillante.
Mais,
au moment de voter les crédits,
ils affirmeraient qu’il faut privilégier
les vraies urgences :
santé, équipement, économie, armée…

Alors, au lieu de m’obstiner
à leur servir
les arguments
mille fois répétés …

Je décrèterais sur le champ
la tenue de « Journées sans culture » :
Journées où toute activité artistique,
toute manifestation de vie culturelle
serait absolument interdite. 

Journées sans musique :
ni classique,
ni jazz,
ni cirque
ni spectacle de rue.

Pas de danse.

Pas de séries télé.
Pas d’émissions pour enfants.
Adieu Guignol.

tous les iPod verrouillés,
tous les clips de YouTube brouillés. 

Pas de cinéma, ni en salle,
Ni sur les écrans personnels.

Journées sans art visuel,
tableaux retournés dans les musées,
galeries fermées.

Interdiction d’ouvrir
un roman,
un recueil de nouvelles,
un livre de poésie,
un essai,
une bande dessinée… 

Interdiction de jouir
des beautés architecturales.

Au besoin, des dispositifs seraient distribués
pour s’assurer que l’œil ne puisse attraper
la courbe agréable d’une corniche,
la ligne élégante d’une façade.

Mais aussi, obligation de cacher
toutes les œuvres d’art public.
Draps tendus sur les statues
des parcs et des jardins,
sur les sculptures
de nos ronds-points.

Les vêtements, chaussures et chapeaux
ne devraient plus être influencés
par les créateurs.
Seul un modèle unique serait homologué.

Concernés aussi, les arts appliqués.
Les objets de la vie quotidienne
devraient être strictement
fonctionnels.
Un seul modèle de voiture
serait disponible.

Combien de temps dureraient
 ces « Journées sans culture »?

Le temps qu’il faudrait pour bien sentir l’enfer
suffocant que seraient nos existences
dans cet univers de stricte efficacité.
Univers sans images provocantes,
sans créations intrigantes,
sans phrases bouleversantes.
Sans musique entrainante.
Sans possibilité de réinterpréter le monde par l’imagination.
Le temps qu’il faudrait pour sentir le manque,
la sécheresse, la déprime profonde.
 

Le temps que mes collègues eux-mêmes
commencent à manquer d’air et réclament
leur film de fin de soirée, leur livre de chevet,
leur petite histoire avant de se coucher.   

Le temps qu’ils cessent de me considérer
comme ministre du superflu
et qu’ils m’invitent à la table de l’essentiel,
en tant que ministre de l’équilibre des âmes,
du battement des cœurs, de la respiration.

Ministre de l’oxygène.

 

 

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